Nombre de stratégistes placent l’année 2015 sous le thème de la divergence entre les politiques monétaires des grandes banques centrales, opposant les USA et le Royaume Uni d’un côté, à la Zone Euro, le Japon et la Chine de l’autre. Les premières vont remonter leurs taux directeurs tandis que les secondes sont condamnées à relâcher encore plus leurs vannes de stimulation monétaire face aux menaces déflationnistes persistantes.

Or, depuis 2008, depuis le déclenchement de la grande crise financière, les marchés financiers sont placés sous perfusion monétaire, principalement abreuvés par la FED avec ses 3 phases successives de Quantitative Easing (QE). A présent que la FED s’apprête à débrancher, les autres banques centrales sauront elles assurer le relai ?

Les dissensions entre pays du Nord et du Sud au sein de la BCE seront-elles surmontées ?

La faiblesse persistante de l’inflation, baisse des prix du pétrole oblige, ne va-t-elle pas compliquer la tâche des gouverneurs et brouiller leur communication destinée à orienter doucement mais sûrement les anticipations investisseurs?

 

Par le passé, l’annonce d’un relèvement des « Fed funds » a pu déclencher des secousses boursières pour la simple raison que le crédit devenant plus cher, les spéculateurs réduisent leur endettement en liquidant des positions aventureuses. Rien d’étonnant que de telles appréhensions se manifestent à présent, mais rien de certain, d’autant que BCE et BOJ combinées en ont beaucoup « sous le pied » et que les banquiers centraux sont passés maîtres en communication ; force est de constater que, grâce à eux, le stress a considérablement baissé dans les marchés.

On peut donc continuer à leur faire confiance, mais il faut s’attendre à revivre des épisodes de pic de volatilité, comme en 2014. A nouveau, il importera de rester stoïque en cas de secousses, dès lors que l’on campe sur des actifs suffisamment solides et rentables eu égard à leur risque, et que l’on évite des actifs trop chers ou par trop détenus par des mains fragiles. L’approche fondamentale en matière de gestion d’actifs ainsi que l’expérience devraient permettre, comme par le passé, de naviguer en eaux agitées. Du reste, une fois pour toute, il convient d’accepter la fluctuation des cours ; c’est tout simplement la contrepartie de la liquidité et…. de la rentabilité!

 

Le consensus aborde 2015 avec les perspectives suivantes : croissance économique mondiale modeste en dehors des USA, inflation faible partout, moindre liquidité en zone dollar, taux d’intérêt historiquement bas mais vraisemblablement orientés à la hausse sur le dollar. Bref, pas d’euphorie.

 

En termes d’espérance de rentabilité sur les principales catégories d’actifs, on observe que:

  • les taux monétaires de la zone Euro sont à zéro et devraient s’y maintenir ;
  • plus de 50% de la capitalisation obligataire mondiale offre des rendements inférieurs à 1% ; toute velléité de remontée des rémunérations passera d’abord par des pertes en capital substantielles ;
  • les actions mondiales campent sur des niveaux de valorisation inférieurs à leur moyenne historique, sauf aux USA ; partout ou presque, le rendement du dividende surpasse nettement celui des emprunts d’Etat locaux ce qui justifie une préférence pour les actions, dès lors que l’on attend un tant soit peu de croissance des profits, donc des prochains dividendes ;au plan géographique, la tentation sera de privilégier les zones où la politique monétaire restera exceptionnellement accommodante (Japon et Zone Euro) ;
  • la réappréciation du dollar va perdurer, malgré sa hausse récente ; la hausse prochaine des taux de la Fed va entretenir cette tendance. Attention cependant à l’unanimité des stratégistes à cet égard !

 

Cependant, il nous semble que trois jokers pourraient embellir ce tableau dans les prochains mois :

  • la baisse du pétrole, si elle perdure, correspond à une fantastique baisse d’impôts de l’ordre de 2% du PNB mondial ; c’est un coup de pouce considérable pour la demande des pays consommateurs ;
  • l’activité US pourrait surprendre à la hausse, grâce au consommateur dopé par le pétrole pas cher, par la baisse du chômage et la hausse des salaires, ainsi que par l’effet richesse ; la conjoncture mondiale s’en porterait mieux ;
  • la hausse du dollar redonne de la compétitivité aux entreprises européennes qui en ont bien besoin ; combinée avec les deux autres jokers, c’est un gage d’amélioration des marges et d’accélération des profits.

Ces évolutions sont donc à surveiller de près afin de ne pas manquer l’embellie sur les actions européennes qui en résulterait. Patience et persévérance…

 

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