L’année 2014 aura été une année quelque peu décevante et relativement mouvementée pour les gérants d’actifs européens : l’indice Eurostoxx dividendes inclus clôture en hausse modeste de 4% avec un profil de volatilité pour le moins heurté, passant par un plus bas durant l’été, mais ponctué par des pics de tension, à la fois très brefs et parfois très violents en janvier, mars, août, octobre, décembre. Déceptions sur la conjoncture économique mondiale, craintes de déflation en zone Euro, incertitudes sur les orientations de politique monétaire des grandes banques centrales, vives tensions géopolitiques… autant de catalyseurs servant tour à tour de prétexte au déclenchement de telles sautes d’humeur.

En outre, il apparaît que certains des paris adoptés de manière très consensuelle en début d’exercice ont été largement déçus. Parmi ceux-ci :

  • L’activité économique mondiale devait accélérer au cours de 2014, tirée par l’économie US ; en réalité, les prévisionnistes n’ont eu de cesse de revoir en baisse leurs attentes ;
  • Les taux d’intérêt devaient remonter progressivement en raison de la fin du « QE » américain ; en réalité ils ont partout baissé, à l’instar du Bund et du TBOND à 10 ans qui, partant respectivement de 2% et 3%, ne rapportent plus fin 2014 que 0,54% et 2,17% ; il est vrai que l’inflation mondiale a surpris par son extrême faiblesse alimentant le débat désinflation vs déflation ;
  • Les actions européennes devaient « surperformer » les américaines, jugées trop chères sur la base de mesures indiscutables (puisque prônées par un prix NOBEL !), tandis qu’il n’y avait rien à attendre du côté des actions japonaises (puisque l’expérience de Mr ABE était vouée à l’échec !) ; en réalité, New York n’a cessé d’établir de nouveaux records historiques (51 fois sur le SP500 durant 2014), TOKYO retrouve ses plus hauts de 2007 tandis que les actions européennes finissent in extremis en territoire positif ;
  • Les prix du pétrole devaient rester élevés du fait de l’instabilité géopolitique au Moyen Orient et de la demande insatiable des pays émergents, incapables de mener une politique de croissance durable ; en réalité, les cours de l’or noir auront chuté de plus de 40% en moins de six mois….grâce à l’inaction des saoudiens soucieux d’affirmer leur « leadership » et de punir des états voyous.

Il ne fallait pas être pris à contre-pied dans ses anticipations sur les grandes catégories d’actifs.

Cependant, le facteur donc déterminant pour la performance des portefeuilles référencés à l’Euro (cf. tableau en p 17) aura été de ne pas se tromper quant à l’exposition aux devises, notamment à partir de fin mai, sur le dollar passant de 1,38 à 1,21 en fin d’exercice.

Finalement, dans ce contexte de taux proches de zéro tant sur les supports monétaires qu’obligataires, toutes devises confondues, la performance de nos fonds patrimoniaux de l’ordre de 10% apparait flatteuse. Quelques choix décisifs d’allocation d’actifs expliquent ce bon score : persévérance en 2014 sur le pari à la hausse du dollar (coûteux en 2013), exposition aux obligations longues italiennes et sélection judicieuse d’obligations à haut rendement libellées en euro comme en dollar, exposition significative aux actions américaines et agressive sur les japonaises (avec couverture du yen contre dollar).

Nos deux fonds actions n’ont pas démérité, d’autant qu’il était particulièrement difficile cette année pour un gérant actif de battre les grands indices de référence pondérés par les capitalisations boursières. En effet, le retour de flux acheteurs sur les actions, reflet d’une baisse de l’aversion au risque et d’une recherche de rentabilité que les obligations ne sont plus à même de procurer, s’opère essentiellement via des fonds indiciels (ETF), ce qui conduit « passivement » à l’achat prioritaire des poids lourds de la cote, quitte à les propulser à des niveaux de valorisation excessifs. Rien d’étonnant à ce que notre approche plus fondamentaliste se laisse momentanément distancer, mais la persévérance « rationnelle » devrait finir par l’emporter.